La peur, et ce qu'elle vaut
« Avec une pompe à chaleur, il faudra tout refaire, les radiateurs, les tuyaux, tout. » On l'entend dans toutes les cuisines du canton, et cette crainte fait renoncer des gens qui auraient pu diviser leur facture par trois.
La réalité est beaucoup plus rassurante. Dans une majorité de maisons jurassiennes d'avant 1980, les radiateurs en place conviennent, souvent sans aucune modification, parfois avec deux ou trois remplacements ciblés. Le tout-ou-rien n'existe pas : on ne refait pas une installation entière, on traite les points faibles.
Il y a même un paradoxe amusant. Les vieilles installations ont souvent été surdimensionnées, « pour être tranquille », à une époque où l'énergie coûtait peu. Ce surdimensionnement d'hier est exactement ce dont une pompe à chaleur a besoin aujourd'hui : beaucoup de surface d'échange pour une eau moins chaude.
Un rappel de droit, pour évacuer une inquiétude fréquente : la règle jurassienne qui plafonne la température de départ vise les systèmes d'émission neufs ou remplacés. Elle ne s'applique pas aux radiateurs que vous gardez. Aucune disposition ne vous oblige à les changer pour obtenir votre autorisation. La contrainte, ici, est économique et technique, pas juridique.
Pourquoi la taille du radiateur remplace la chaleur de l'eau
Un radiateur transmet de la chaleur en fonction de deux choses : sa surface d'échange, et l'écart entre la température de l'eau qui le traverse et celle de la pièce. Pour obtenir la même chaleur, on peut donc soit envoyer de l'eau très chaude dans un petit radiateur, soit de l'eau tiède dans un grand.
Une chaudière au mazout choisissait la première option, parce qu'elle produisait de l'eau chaude sans y penser. Une pompe à chaleur préfère nettement la seconde : chaque degré de moins sur l'eau de départ lui fait gagner environ 2 à 3 % de consommation. Sur une saison, un écart de dix degrés change tout.
Voilà pourquoi la vraie question n'est pas « mes radiateurs sont-ils compatibles ? » — ils le sont tous, techniquement — mais « quelle température mes radiateurs exigent-ils pour chauffer ma maison le jour le plus froid ? ». Et cette température, on peut la mesurer soi-même.
Le test, en quatre étapes
1. Choisissez une vraie journée froide. Pas un jour de novembre à 8 °C : attendez un matin où le thermomètre affiche zéro ou en dessous. C'est dans ces conditions que le test est parlant.
2. Ouvrez tous les robinets thermostatiques à fond, dans toutes les pièces, y compris celles que vous fermez d'habitude. On veut savoir ce que l'installation sait faire, pas ce qu'elle fait aujourd'hui.
3. Baissez la courbe de chauffe d'un cran sur la régulation de votre chaudière, ou baissez la consigne de départ de cinq degrés si votre installation le permet. Notez la valeur de départ.
4. Attendez deux jours pleins avant de juger. Une maison a de l'inertie : les murs, les dalles et les meubles mettent du temps à se mettre au niveau. Puis faites le tour, pièce par pièce, avec un thermomètre.
Si toutes les pièces tiennent leur température, recommencez : encore un cran plus bas. Continuez jusqu'à ce qu'une pièce décroche. Vous connaîtrez alors la température de départ réellement nécessaire chez vous — une information que personne d'autre ne peut vous donner, et qui vaut de l'or au moment du devis.
Comment lire le résultat
Vous tenez à 45 °C ou moins : c'est excellent. Une pompe à chaleur travaillera dans ses conditions de prédilection, et vous n'avez rien à changer.
Vous tenez entre 45 et 55 °C : c'est le cas le plus fréquent, et c'est tout à fait jouable. Un bon réglage, un équilibrage du réseau et éventuellement un ou deux émetteurs agrandis suffisent en général à gagner les degrés manquants.
Vous avez besoin de plus de 60 °C : il y a un travail à faire avant. Soit sur les émetteurs les plus faibles, soit sur l'enveloppe. Ce n'est pas rédhibitoire — souvenez-vous que ce besoin ne concerne que quelques jours par an — mais cela mérite d'être regardé sérieusement plutôt que d'être ignoré.
Dans les trois cas, l'information a de la valeur : elle permet de dimensionner sur du mesuré plutôt que sur du prudent. Et éviter le surdimensionnement n'a rien d'anecdotique, puisque le calcul de l'aide cantonale est de toute façon plafonné à une puissance rapportée à la surface de référence énergétique. Une machine trop grosse coûte plus cher sans rien rapporter de plus.
Ce qui passe, et ce qui coince
Ce qui passe très bien. Les vieux radiateurs en fonte, malgré leur réputation : ils ont une grande masse, une grande surface, et ils ont presque toujours été posés généreusement. Les radiateurs panneaux des années 1980 et 1990, dès lors qu'ils sont de bonne taille. Et évidemment tout chauffage au sol, qui est la solution idéale.
Ce qui demande de l'attention. Les radiateurs remplacés au coup par coup dans les années 2000, souvent choisis au plus juste. Les sèche-serviettes, qui chauffent peu et sont parfois le seul émetteur de la salle de bains. Les pièces ajoutées après coup — véranda, combles aménagés — dont l'émetteur a été calculé à l'économie.
Ce qui coince réellement. Les installations en monotube, où l'eau traverse les radiateurs en série et arrive tiède au dernier de la boucle : elles se repensent globalement. Les grandes pièces de maison ancienne, hautes de plafond, avec un seul radiateur sous une fenêtre en simple vitrage. Et les réseaux jamais équilibrés, où l'on a compensé pendant vingt ans en montant la température pour tout le monde.
Un cas particulier mérite d'être signalé, parce qu'il est fréquent dans le canton : la maison chauffée par des convecteurs électriques répartis dans les pièces, sans aucune distribution par eau. Là, il ne s'agit pas de changer des radiateurs mais d'en créer, et le chantier est d'une autre ampleur. Bonne nouvelle : cette création de distribution hydraulique fait l'objet d'une mesure d'encouragement à part, cumulable avec celle de la pompe à chaleur. Le mécanisme est décrit sur nos pages remplacement d'un chauffage électrique et subventions.
Si vous devez en remplacer quelques-uns
Deux choses à savoir. D'abord, l'ordre du jour est de gagner de la surface d'échange, pas de changer de technologie : un radiateur plus haut, plus long, ou à plusieurs rangées d'ailettes fait le travail, et se raccorde souvent sur les mêmes tuyaux.
Ensuite, une règle jurassienne à garder en tête : les émetteurs neufs ou remplacés doivent être dimensionnés pour ne pas dépasser 50 °C de température de départ au jour de dimensionnement, et 35 °C s'il s'agit d'un chauffage au sol. Ceux que vous conservez ne sont pas concernés par cette disposition. Autrement dit : ce que vous remplacez, remplacez-le large. C'est de toute façon ce que vous voulez faire. Le sujet est développé dans notre guide sur la règle des 50 °C.
Un dernier réflexe : profitez du chantier pour purger, équilibrer et poser des robinets thermostatiques corrects sur tout le réseau. C'est peu de chose au milieu d'un projet de chauffage, et c'est souvent ce qui fait la différence entre une maison agréable et une maison où deux pièces ne sont jamais au bon niveau.
Pour la suite, voyez l'ordre des opérations pour sortir du mazout, les critères d'une offre solide dans comment reconnaître une bonne offre, et les ordres de grandeur sur notre page prix d'une pompe à chaleur. La technique de la machine elle-même est décrite sur pompe à chaleur air/eau.